Blonde on Blonde
Aucun hommage à Ivan Reitman ne se cache derrière ce récit de chasse aux fantômes.
Il y a deux ans, au moment où Le Monte en l’air inaugure sa formule de clique et collecte, je passe commande de deux livres : “Le taureau par les cornes” de Morvandiau et “Carnet d’adresses de quelques personnages fictifs de la littérature” de Didier Blonde. Autant je connais un peu l’univers du premier, autant j’ignore tout du second : mais la description de l’ouvrage, où l’auteur s’est amusé à recenser les adresses fictives ou réelles de personnages de la littérature, de Flaubert à Modiano, m’a interpellé.
Peu après avoir fait part de mon découverte, Tony m’interpelle : “Quoi, tu n’as pas lu Le Figurant ?”. Quelques jours plus tard, je trouve ledit volume dans ma boite aux lettres. Et je plonge sans tuba : dans ce roman, un figurant d’un film de François Truffaut part à la recherche d’une femme qu’il a croisé sur le tournage de “Baisers volés”. Quelques mois plus tôt, j’étais moi aussi parti sur les lieux du tournage pour réaliser des superpositions : notamment à l’emplacement de l’hôtel Alsina, au 39 de l’avenue Junot, d’où Antoine Doinel se fait mettre à la porte. L’hôtel Alsina est précisément mentionné à la page 19 du roman de Didier Blonde.
A l’intention de l’auteur, j’expédie chez Gallimard un petit album photo contenant une série de superpositions des films de François Truffaut. Une semaine plus tard, j’ai la joie de trouver un message de Didier Blonde dans ma boite électronique. Il m’écrit : “nous avons la même démarche, et dans la plupart de mes livres-enquêtes je fais ce que vous donnez à voir.” Nous sommes tous les deux atteints du même symptôme : celui de courir après des fantômes.
Il y a 15 jours, Didier m’apprend qu’il signe un nouvel ouvrage à la librairie Gallimard boulevard Raspail : “Autoportrait aux fantômes”. Je réserve ma soirée. Discrètement, je me faufile parmi les invités. Une rencontre, qui dure près d’une heure, permet d’avoir un bon aperçu de ce nouvel opus : il y est une nouvelle fois question de François Truffaut - en particulier de “La chambre verte” et de la recherche de la comédienne ayant prêté ses traits à Julie Davenne, auquel le personnage interprété par le réalisateur voue un culte dans le film - mais aussi de Fantômas ou la scène culte de “Psychose” - où aussi bien Anthony Perkins que Janet Leigh ont été doublés à l’écran par des inconnus, devenus à leur tour des fantômes.
Mais le champ de connaissances de Didier Blonde est loin de se limiter au cinéma : “Autoportrait aux fantômes” contient aussi un formidable hommage à Georges Perec ainsi qu’une évocation du XVIIIème arrondissement disparu. C’est aussi l’ouvrage où il se livre le plus - il débute par l’évocation d’un souvenir d’enfance et se termine par celle de son père, qui est demeuré silencieux toute sa vie au sujet de ses 5 années passées en captivité : “Mon père était sourd, fermé sur ses secrets. Il m’a laissé en héritage son silence.”
La rencontre terminée, je m’avance vers Didier Blonde pour lui demander de me signer son ouvrage. Et je lui pose la question qui pend aux lèvres depuis que je l’ai entendu sur France Culture : de quel film de François Truffaut a t-il un jour perturbé accidentellement le tournage ? Didier se souvient. C’était à la gare de Lyon. Il allait prendre son train quand il a senti une main retenir son pas. Il rentrait dans le champ de la caméra. C’était François Truffaut qui tournait une scène de “L’Amour en fuite”, celle où Antoine Doinel accompagne son fils Alphonse au train.
Je regarde sur la fiche Wikipedia du film. Alphonse était interprété par Julien Dubois. Né en 1970 : il a mon âge. Révélation : j’ai le même âge que le fils d’Antoine Doinel. Qu’est devenu Julien Dubois ? Il faut que je revoie Didier Blonde pour le lui demander.

