Choses (re)vues en avril 2026
Je ne vais plus au "cinoche". Je n'aime que les chefs d'œuvre. (Gérard Blain dans Les Cahiers du cinéma, 1998).
(A tribute to le Bretagne, 73 bd du Montparnasse, dont l’enseigne est toujours visible, mais qui est devenu une surface spécialisée en articles de sport).
Itinéraire d’un enfant gâté (1988) de Claude Lelouch
Un jour, Christophe m’a dit : “Belmondo est mort l’année de ma naissance”. Sous-entendu : Belmondo a arrêté de produire des films qui m’intéressent l’année où je suis né. Cette réflexion m’a marqué, et je n’ai cessé depuis d’essayer de le contrarier. La dernière fois, je l’ai vu vaciller en me citant un échange de Itinéraire d’un enfant gâté. Impossible pour moi de le faire basculer : je n’avais jamais vu le film.
C'était le troisième vide-grenier de la matinée et je m’apprêtais à rentrer bredouille (mais fort des 23 km accomplis). Sur l’avant-dernier stand, une pile de classiques. Et dans cette pile, Itinéraire d’un enfant gâté. Je l’achète, je rentre et je le regarde. J’ai eu la larme à l’œil à deux reprises. Il faut que je raconte ça à Christophe.
Bleeder (1999) de Nicolas Winding Refn
Sur le vide-grenier, dans le même lot que Cloakers, il y avait l’intégrale de Nicolas Winding Refn. Dont Bleeder, le seul film du réalisateur que je n’ai pas vu. Pourquoi je ne l’ai pas pris ? Je m’en suis mordu les doigts. Le dimanche suivant, sachant que les chances que je retrouve le même vendeur et qu’il ait encore Bleeder sont proches de zéro, je tente quand même ma chance. Et les étoiles s’alignent : le vendeur déballe à nouveau, et il ne lui reste plus aucun Nicolas Winding Refn sauf… Bleeder.
Qui est un énorme hommage à la cinéphilie, puisque Mads Mikkelsen est l’employé d’un vidéo-club qui récite, à la demande, la liste des cinéastes qui possèdent leur propre rayonnage. Et débat de sujets aussi cruciaux que : “Quel est le meilleur épisode de la série des Vendredi 13 ?” Il se fait même disputer : “Mais tu ne peux pas parler d’autre chose que de cinéma ?” Pendant toute la séance, je me suis glissé sous sa peau.
Dans la dernière scène du film, Mads Mikkelsen est livré à un dilemme : revoir Mad Max ou If… Après avoir fini Bleeder, j’avais le même possibilité : revoir Mad Max II à 15h à Fontenay-sous-Bois, ou visionner If… depuis mon salon.
If… (1968) de Lindsay Anderson
Ca aurait été une bonne histoire pour cette mailing-list : revoir Mad Max II à Fontenay-sous-Bois. Raconter mes souvenirs de la première fois, sur l’écran du Bretagne, 173 bd du Montparnasse, accompagné par mon père, et les mettre en miroir avec mes impressions 44 ans plus tard.
Mais j’avais dans les pattes les 23 km de vélo de la veille, et à mesure que les minutes s’écoulaient, la tentation d’une séance à domicile devenait de plus en plus forte. Ce sera donc If…, film incendiaire sur les dérives de l’éducation anglaise. Trois ans avant Orange mécanique, Malcolm McDowell joue déjà les troublions. Et la fête, avec lui, vire au règlement de comptes.
Les Raisins de la colère (1940) de John Ford
La lecture du “Road Movie, USA” de Jean-Baptiste Thoret m’a donné envie de revoir Les Raisins de la colère, film qui ne donne pas une immense foi en l’humanité puisque, 84 ans avant L’histoire de Souleyman, le constat est déjà terrible : aussi bas que tu sois sur l’échelle sociale, tu trouveras toujours quelqu’un pour t’enfoncer. Le rêve américain réduit en poudre. La fatalité comme unique horizon. Et, au fond de ce cauchemar, l’élégance à toute épreuve d’Henri Fonda. Même en salopette.
L’Age de cristal (1976) de Michael Anderson
On ne va pas se mentir : je n’ai pas vu La Guerre des étoiles à sa sortie. Le grand singe poilu me faisait peur, soutient ma mère. Ma première approche de la science-fiction, c’est L’Age de cristal - la série TV. Logan 5, Jessica, REM (Inoubliable Donald Moffatt) à la recherche d’un sanctuaire qu’ils ne devaient jamais trouver. J’ai mis des années à comprendre qu’à l’origine de L’Age de cristal - la série TV, il y avait L’Age de cristal - le film. Casting différent mais pitch identique : après avoir découvert le mensonge dans lequel ils ont été élevés, des fugitifs sont à la recherche d’un futur plus radieux. Hé, mais ne serait-ce pas le même pitch que Les Raisins de la colère ?
Ghost Dog (1999) de Jim Jarmush
Quand je suis arrivé dans cet appartement, il y a maintenant 8 ans, j’ai commencé à empiler les DVD contre le mur. Et je m’étais dit : je n’irai de toute façon pas plus haut que le plafond. Ce qui devait arriver arriva : à force d’achats compulsifs, j’ai atteint le plafond à l’automne dernier. Parfois je culpabilise et j’effectue des coupes sombres. Je mets 10 DVD dans un sac que j’apporte chez Emmaüs, et j’ai l’impression d’avoir fait un immense effort. Ghost Dog avait fait l’objet d’une de ces coupes sombres. Pourquoi Ghost Dog et pas Coffee and Cigarettes ? Va savoir.
Pourquoi reprendre Ghost Dog alors que je m’en suis débarrassé il y a quelques mois ? Par culpabilité ? Je ne pensais pas prendre autant de plaisir à le revoir. L’hommage au Samouraï de Jean-Pierre Melville ne m’avait-il pas déjà sauté aux yeux ? N’avais-je pas été sensible à ces échanges culturels sur un banc, à base de livres rangés dans une lunch box ?
Ça (2017) de Andrés Muschietti
La chose qui m’a fait le plus rire pendant le confinement est ce détournement d’un extrait de Ça posté sur Instagram par Creustel. J’en connais certaines répliques par cœur (“J’ai fait le conservatoire / A Auxerre”). Mais je n’avais jamais vu Ça, et tout l’amour que je porte à Evanouis m’a fait reconsidérer cette lacune.
Si le premier n’arrive pas à la cheville du second, j’ai été séduit par le côté Stand by me : une bande de gamins va être soudée par une expérience commune. J’ai craqué pour l’amoureux secret, celui qui envoie des déclarations d’amour anonymes et dont l’identité finira par être découverte. Le dialoguiste qui a eu l’idée de la réplique “Qui a sonné Molly Ringwald ?” méritait un Oscar.
Le petit lieutenant (2005) de Xavier Beauvois
Samedi matin, Philippe m’envoie un sms : “Je tente un pari sur la une de Libé : “Bye Baye.” Par ce message, je comprends que Nathalie Baye est décédée. Quelques heures plus tard, Florence Loiret-Caille poste sur instagram la scène finale du Petit lieutenant - scène qui est un hommage à un des classiques de la Nouvelle Vague.
France TV ne tarde pas à réagir, et propose, parmi 5 films en hommage, celui de Xavier Beauvois. Qui documente, sans talent particulier, la vie d’un commissariat à travers une série de tableaux assez convenus (J’ai été étonné par la présence d’affiches de films dans tous les bureaux : j’avais rarement vu au cinéma des policiers aussi cinéphiles). Jusqu’à la bavure, qui va réveiller le spectateur. Le petit lieutenant tient essentiellement sur les épaules de son actrice principale, impeccable même face à un Jacques Perrin en bout de course.
J’en profite pour signaler que Le plein de super est apparu sur TV5 Monde. Il ne faut pas se laisser abuser par la présence de Nathalie Baye sur la vignette de présentation du film - sa participation n’excède pas quelques minutes - mais c’est par contre l’occasion de découvrir la seule comédie d’Alain Cavalier, road-movie servi par un casting d’exception - du niveau d’Un éléphant ça trompe énormément, sorti l’année suivant, et réalisé par Yves Robert, par ailleurs producteur du Plein de super.
Un regret enfin : je cherche à voir depuis des années La Provinciale de Claude Goretta. Avec le secret espoir que le réalisateur ait proposé à Nathalie Baye un rôle à la hauteur de celui offert à Isabelle Huppert dans La Dentellière (Sans parler la rencontre au sommet Nathalie Baye/Bruno “Als das Kind Kind war” Ganz). Mais La Provinciale, introuvable en DVD reste à ce jour invisible en streaming légal.
Sinon Molly Ringwald au casting du même film que Nathalie Baye, tu l’avais ?




"Le grand singe poilu me faisait peur, soutient ma mère." Merci.