Choses (re)vues en mai 2026
Le MacGuffin est une sonnette. C’est tout ce que je peux vous dire.
Aftersun (2022) de Charlotte Wells
Pendant des mois, Mubi a essayé de me faire regarder Aftersun sans y parvenir : il figurait dans ma liste de films mis de côté, mais la concurrence a toujours été plus forte et Aftersun s’est trouvé relégué en dessous de la pile. Pourquoi, alors, me suis-je décidé à regarder Aftersun depuis qu’il est sur France TV ? Parce que mon abonnement à Mubi est terminé ? Parce que, à force de ne plus en avoir envie, j’ai fini par en avoir envie ? Ce temps n’était cependant pas perdu : car Aftersun, premier film d’une jeune réalisatrice écossaise, met dans le mille, exactement comme Nino de Pauline Loques. A tout moment, Aftersun menace de basculer : dans le pathétique, dans le drame, dans l’autofiction anecdotique. Et pourtant, le long-métrage de Charlotte Wells, exactement comme celui de Pauline Loques, reste toujours du bon côté de la barrière : dans la pudeur, dans le sous-entendu. Avec, en prime, la jeune héroïne la plus attachante depuis Little Miss Sunshine.
Oddity (2024) de Damien McCarthy
Une critique enthousiaste parue dans Libération me donne envie de découvrir le nouveau film de Damien McCarthy, nouveau maitre irlandais du cinéma d’épouvante. Mais avant de découvrir Hokum, ne devrais-je pas remonter le reste de sa filmographie ? Je commence à Oddity, son deuxième film. Qui se tient à la frontière de l’épouvante et du polar, dans une maison isolée dans laquelle personne n’a envie d’aller passer son week-end, surtout avec un inquiétant mannequin en bois issu d’une collection d’objets maudits et une belle-sœur aveugle travaillant dans un magasin de curiosités. Est-ce que ça fait peur ? Le MacGuffin est une sonnette. C’est tout ce que je peux vous dire.
Caveat (2020) de Damien McCarthy
Quatre ans avant Oddity, il y a eu Caveat, premier film de Damien McCarthy, plus bizarre que Oddity, encore plus inquiétant. “Un vagabond solitaire accepte un emploi pour s’occuper d’une femme psychologiquement perturbée dans une maison isolée ” : déjà la thématique de la maison isolée. Mais ce n’est pas le seul point commun entre les deux films. Des grands maitres en la matière, Damien McCarthy a retenu que plus la forêt est profonde, moins on entendra crier.
Hokum (2026) de Damien McCarthy
Dans Oddity, le rôle principal est un sosie d’Adam Scott. Pour Hokum, Damien McCarthy a eu les moyens de s’offrir Adam Scott, le vrai. Est-ce qu’il est question d’une maison isolée ? Evidemment. D’une sonnette ? Evidemment ! Est-ce que c’est son meilleur film à ce jour ? Peut-être : en s’aventurant encore un peu plus loin sur la frontière qui sépare le polar du cinéma d’épouvante, Damien McCarthy semble avoir trouvé son créneau. Ainsi qu’un ressort dramatique : c’est pas au fond de la forêt mais dans un recoin obscur de la psyché du personnage principal que se cache la clé de l’énigme.
Mais la réponse à la question que j’ai posé plus haut était évidente : si Hokum est mon Damien McCarthy préféré, c’est parce que c’est le seul que j’ai eu la chance de voir en salle.
M (1951) de Joseph Losey
Une curiosité en ouverture du cycle “Tueurs en série - 25 films indispensables” à la Cinémathèque : le remake de M le maudit par Joseph Losey. Curiosité, d’ailleurs ? Tavernier s’emballe dans 50 ans de cinéma américain : “Revoir les deux films coup sur coup ne tourne pas forcément à l’avantage de Lang”. Vingt ans après Lang, Losey plante le décor dans les rues de Los Angeles. Ecrin somptueux : on y découvre notamment le Bradbury Building, que Ridley Scott filmera lui aussi, sous un jour totalement différent, dans Blade Runner. Si l’intrigue ne s’écarte pas du scénario original, Losey a eu l’excellente idée de trouver un rôle principal qui ne singe pas Peter Lorre et s’avère au final très convaincant. Plus convaincant que Peter Lorre ? Laissons Tavernier tranquille.
Coup de cœur (1981) de Francis Ford Coppola
Le Max Linder propose une rétrospective Coppola sur 15 jours. Est-ce que je ne les ai pas pratiquement tous en DVD ? Evidemment ! Mais est-ce que je ne vais en profiter pour tous les revoir en salle ? Bien sûr !
Souvenir de cette période bénie où le Max Linder, après le confinement, programmait des rétrospectives hebdomadaires pour des salles à mi-jauge : Michael Cimino une semaine, Alan Parker la suivante..
Un soir de match, le Max Linder programme à 21h le plus gros échec de Coppola : Coup de cœur. Et nous sommes une vingtaine dans la salle…
Coup de cœur pêche toujours par son casting : les seconds rôles sont meilleurs que les premiers. Mais passé l’interminable scène de dispute, Coup de cœur décolle et les amours séparées de Frannie et Hank vont donner lieu à un ballet de haute volée.
C’est dans Coup de cœur que Nastassja Kinski et Harry Dean Stanton partagent pour la première fois un générique (ils n’ont aucune scène commune à l’écran). Trois ans plus tard, Wim Wenders les réunira à nouveau pour Paris, Texas.
Outsiders (1983) de Francis Ford Coppola
Matt Dillon, Ralph “Karate Kid” Macchio, Patrick Swayze, Rob Lowe, Tom Cruise… Autant j’ai pu être critique concernant le casting de Coup de cœur, autant celui d’Outsiders est un régal. Et j’ai suivi le cœur battant la cavale de Ponnyboy et Johnny après un règlement de comptes ayant mal tourné. Mais que sont devenus C. Thomas Howell et Ralph Maccio ? Ils ne semblent pas avoir trouvé, dans le monde des adultes, des rôles aussi marquants.
Une fois rentré, je regarde les bonus du DVD. Avec notamment les retrouvailles entre les acteurs du film, vingt ans après. Et cette brûlante confession de Patrick Swayze à Francis Ford Coppola : “Tous ceux avec lesquels j’ai tourné après toi, c’était vraiment des guignols”. Ah bon ?
Apocalypse Now (1979) de Francis Ford Coppola
Est-ce que tu as jamais vu Apocalypse Now si tu ne l’as pas vu au cinéma ? Je ne crois pas. J’ai eu une pensée pendant tout le film pour Robert Duvall - disparu au mois de février - et dont la participation à Apocalypse Now est souvent réduite à la réplique “J’aime l’odeur du napalm au matin” alors qu’il crée pour le film un personnage totalement dément qui, personnellement, m’inquiète au moins autant que le colonel Kurtz.
Sinon, pendant la séance, j’ai été dérangé par un détail : dans les sous-titres, il n’y avait pas de point à la fin de phrases. Est-ce que je suis le seul à m’en être rendu compte ?
Le Parrain (1972) de Francis Ford Coppola
Cette année, le Festival du Film de la Rochelle consacre une rétrospective à Diane Keaton et programme les deux Parrain. Je me faisais une joie de les revoir à La Coursive. Mais comment résister à la tentation de les redécouvrir au Max Linder, à 15 minutes de chez moi, et d’enchainer les deux films dans la même journée. C’est, comme le veut l’expression consacrée, “une proposition qu’on ne peut pas refuser”. Robert Duvall, 5 ans avant Apocalypse Now, campe un personnage qui est à l’opposée de l’amateur de napalm : “consigliere” dédié à la famille Corleone, tout en nuances, presque en retrait. Quel immense acteur. Ca me donne envie de me refaire son Blow-Up.
Une vérification, dès la première minute : il y a bien un point à la fin de chaque sous-titre.
Le Parrain 2 (1974) de Francis Ford Coppola
Avec Le Parrain 2, Coppola invente un genre : la suite qui est aussi un prequel. Malheureusement, la suite des aventures de Michael Corleone (à Las Vegas, à Miami…) m’a moins passionné que l’ascension de Vito Corleone dans les rues de New-York au début du XXè siècle, dans un décor grandiose.
A un moment, j’ai eu un flash : la scène où Robert de Niro suit, depuis les toits, le parcours d’un usurier dans son quartier. Comme Christopher Walken dans Dead Zone, j’ai vu ce qui allait se passer : une tuile allait tomber du toit et se briser à quelques centimètres de l’usurier. Alors qu’en fait : absolument pas. La scène de la tuile qui tombe du toit est dans Ben Hur, pas dans Le Parrain 2.
Les Gens de la pluie (1969) de Francis Ford Coppola
Ironie du calendrier : il pleut des trombes d’eau le jour où le Max Linder programme Les Gens de la pluie, première rencontre James Caan / Robert Duvall devant la caméra de Francis Ford Coppola. Petite flemme à l’idée de devoir y aller en métro, un parapluie à la main. Grosse flemme à l’idée de me retaper pour la sixième fois d’affilée les bandes annonces de L’Odyssée / Disclosure Day / The Mandalorian & Grogu / La Venus électrique. J’ai séché.
Liberté surveillée (1958) de Henri Aisner et Vladimír Vlček
Alors pour un Coppola au Max Linder, j’ai le flemme, alors que, deux jours plus tard; je réserve ma soirée pour un Robert Hossein en copie vinaigrée en projo privée à Saint Ouen ? Va comprendre. Que se passe t-il dans Liberté surveillée ? Pour échapper à ses poursuivants, Robert Hossein monte dans un train qui l’emmène… aux mondiaux d’aviron à Budapest, où il se fait passer pour le masseur de l’équipe de France. C’est évidemment une coproduction franco tchécoslovaque et, malgré la présence de Marina Vlady, Liberté surveillée reste très anecdotique.
Couche-toi sur le sable et fais jaillir ton pétrole (1975) de Norbert Terry
A la fin de la séance de Liberté surveillée, Emmanuel me glisse à l’oreille : si tu es libre jeudi soir, on passe Couche-toi sur le sable et fais jaillir ton pétrole. François cherche à me motiver : “Norbert Terry a eu un parcours hors norme. Résistant dès 1942, interprète à l’ONU, connaisseur de l’égyptien ancien, assistant de Tati (sur Playtime), auteur de deux ou trois comédies navrantes avant de devenir un pionnier du porno gay”. J’ai préféré m’en tenir à cette présentation.
Prends l’oseille et tire-toi (1969) de Woody Allen
Quelques heures avant de regarder Prends l’oseille et tire-toi , je casse une branche de mes lunettes. Pendant Prends l’oseille et tire-toi , Woody Allen, à divers étapes de sa vie, est régulièrement martyrisé par des patibulaires qui marchent sur ses lunettes. Est-ce que cette proximité a fait de Prends l’oseille et tire-toi un film que j’ai eu plus de plaisir à regarder ? Malheureusement non : ce deuxième essai à l’humour potache était loin d’être concluant.
Taking Off (1971) de Milos Forman
Pendant Taking Off, je réfléchissais à la paire de lunettes que j’allais choisir demain. Et le personnage principal du film me confirmait dans mon choix : s’il arborait une paire “aviateur”, c’était bien celle qui me fallait. Est-ce que cette identification a fait de Taking Off un film que j’ai eu plus de plaisir à regarder ? Il n’en avait pas besoin : cette comédie de Milos Forman, qui traduit le choc culturel entre la génération peace & love et celle qui l’a précédé, fait mouche à tous les coups. Avec deux apparitions à ne pas rater : celle de Katy Bates (créditée Bobo Bates) en chanteuse folk et celle, fugitive, de la lumineuse Jessica Harper. Trois ans plus tard, également après une scène d’audition, elle sera Phoenix dans Phantom of the Paradise.
Décellophaner ce DVD m’a fait penser que c’était un de mes derniers achats au Disc King du boulevard Montparnasse, qui a fermé ses portes en janvier 2025.
A double tour (1959) de Claude Chabrol
C’est la seule VHS que j’ai achetée l’an dernier : le premier film en couleurs de Claude Chabrol, avec Jean-Paul Belmondo et Bernadette Laffont. Avant A bout de souffle ? Exactement : un an avant A bout de souffle. J’ai invité Philippe, immense Chabrolien devant l’éternel, pour l’occasion. Je remonte le magnétoscope de la cave et j’effectue des essais techniques. Et là, c’est le drame : j’ai changé de projecteur l’an dernier et les branchements ne sont plus compatibles. Mais heureusement A double tour figure sur UniversCine, à un prix inférieur à celui d’un câble HDMI vers RCA.
La surprise est elle à la hauteur de l’attente ? Evidemment non. Belmondo est déjà exubérant. Laffont est aussi charmante que dans Les Mistons. Mais A double tour met une heure à démarrer. Et l’intrigue, sitôt esquissée, est instantanément résolue.
Manhunter (1986) de Michael Mann
Alors que je joue des coudes au vide-greniers de Joinville-le-Pont, je reçois un sms de Bertrand : “Je suis à Versailles, la taille de la brocante est incroyable”. Versailles ? Je n’aurai jamais eu l’idée de m’y aventurer. J’attache mon vélo place de la Nation et je m’engouffre dans le métro. Changement Montparnasse, direction Plaisir-Grignon, 8 arrêts. Par le fenêtre du train, je vois défiler les toits du Grand Paris : Clamart, Meudon, Bellevue…
La brocante se situe dans les allées ombragées qui mènent au château. Par rapport au coude à coude de de Joinville-le-Pont, le contraste est en faveur des Versaillais. Des stands à n’en plus finir. Des cinéphiles repentis ? Quelques-uns. Je reviens avec ma première grosse prise de l’année : 20 DVD.
Par lequel commencer ? Je revois quelques images de Manhunter, et déjà je sais que c’est mon film de la soirée. Un sérial killer dans la nature, un autre en prison et au milieu un homme qui cherche à pénétrer dans la tête de l’un pour débusquer l’autre. Avec des nappes de synthétiseur à gogo et un faux Phil Collins en générique de fin. Le bonheur, c’est parfois simple comme un Michael Mann.





