Culture Club
J'ai un fils mais je ne l'ai pas prénommé George.
Je ne suis pas collectionneur. Je suis bien pire que ça : je suis un amasseur. Ratissant les vide-greniers, j’ai amassé les disques pendant des années. Jusqu’à ce que j’atteigne le point de non-retour et que je ressente le besoin de faire machine arrière : tout dégager. Aujourd’hui, dans un appartement qui fait le tiers de la superficie de celui que j’occupais par le passé, je continue à amasser les livres. J’ai mes rituels en B. du week-end : Book Off, Boulinier. Je me limite au rayon cinéma. Et souvent, je repose des livres avant de partir : cette bio de Marlène Jobert était-elle indispensable ? Je n’ai toujours pas attaqué celle d’Yves Robert que j’ai acheté le week-end dernier. Et j’ai déjà oublié celle de Jacques François trouvée il y a 15 jours.
Le même jour que Jacques François, « Le film club » de David Gilmour. Pas le David Gilmour de Pink Floyd, un homonyme canadien, journaliste de profession. Qui passe un pacte avec son fils : j’accepte que tu arrêtes le lycée, mais on regarde trois films ensemble par semaine. C’est le père qui a la main sur la télécommande. “Les Quatre Cents Coups”, “Basic Instinct”, “Crimes et Délits”, “Citizen Kane”, “Qui a peur de Virginia Wolf”…
« Le film club » est un récit autobiographique. La couverture est laide. La traduction depuis l’anglais est trop littérale : elle est parsemée de tournures de phrases assez vilaines. Le récit s’égare quand il s’intéresse à la vie sentimentale du fils (dont le lecteur se fiche complètement). Mais l’essentiel est ailleurs : dans la passation, d’une génération à une autre, d’un patrimoine constitué de rêves et de frissons.
Si je n’ai jamais barbé mes enfants avec mes goûts musicaux (mis à part le claveçin, chaque fois qu’ils n’avaient pas aidé à mettre le couvert), j’ai toujours tenu à leur montrer ce qui m’avait plu à leur âge, sans oublier que la série avait supplanté le film dans leur imaginaire. Je leur ai montré « Le Prisonnier », « Chapeau melon et bottes de cuir », « La Quatrième dimension ». Et puis, au fur et à mesure qu’ils grandissaient, j’ai poursuivi avec « Twin Peaks » et « L’Hôpital et ses fantômes ». S’ils ont bien évidemment critiqué mes choix (N’est-ce pas le devoir des enfants que de remettre en question les choix de leurs parents ?), ils se sont rendus compte à leur corps défendant qu’un récit n’est pas toujours linéaire, une intrigue pas toujours résolue et un héros pas toujours irréprochable. Qui a tué Laura Palmer ? La peur de ressembler à Donna, sa meilleure amie.
En parcourant « Le film club », je n’ai pas pu m’empêcher, à chaque page, de me demander : est-ce que j’aurais fait pareil ? “Basic Instinct”, ah bon ? “Le dernier tango à Paris”, vraiment ?
Avec mon fils, le film club revient entre deux séries Marvel sur Disney +. Dimanche dernier, je lui ai laissé le choix entre “Scarface”, “Taxi Driver”, “L’Homme des hautes plaines”, “There Will Be Blood et “The Revenant”. Il a écarté le premier d’emblée : à force d’en avoir vu des extraits, il avait l’impression de connaitre le film par cœur (Youtube, fossoyeur du spectateur). Il a choisi le dernier, presque à contrecœur : il avait peur de s’ennuyer (J’ai cru entendre parler Jesse, le fils de David Gilmour). Quand Leonardo s’est fait aplatir par le grizzly, je ne l’ai pas entendu soupirer.
J’ai bon espoir d’arriver à lui vendre “There Will Be Blood” le week-end prochain, sur la foi de Paul Dano que nous avons découvert dans “Little Miss Sunshine” et que nous avons retrouvé dans “The Batman”.
Avec sa mère, nous avons trouvé son prénom un soir en regardant “Le voleur de bicyclette”.
Ca faisait longtemps que je n’avais pas crée un nouveau compte sur Instagram. Celui-ci s’appelle Un film, un livre.

