Isabelle dans la brume
J'ai touché le fond de la piscine / Dans la robe de Marilyn.
C’est Perrine qui a sonné l’alerte le mois dernier : Isabelle Adjani pour quatre soirs à la Maison de la poésie en janvier. “Le vertige Marilyn”, installation, scénographie et musique : Emmanuel Larrigue. J’étais en train de relire “A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie”, où le personnage de Marine (Nom sous lequel Hervé Guibert a choisi d’évoquer la comédienne) est contrainte d’annuler une série de représentations au théâtre. La coïncidence m’avait séduite.
D’abord on ne voit que son dos. Et ses épaules. Pour se produire en public, Isabelle Adjani a choisi la mythique robe noire de Christian Dior dans laquelle Marylin Monroe avait été photographiée par Bert Stern pour le magazine Vogue. Le spectacle alterne textes récités et textes enregistrés. Extraits du livre d’Anne Gorouben et Olivier Steiner “Le Ravissement de Marilyn Monroe” et morceaux d’interviews données par Isabelle Adjani, où elle évoque notamment ses racines. Très vite, on ne sait plus qui parle : Isabelle, Marilyn ou Norma Dean ? Tout ce spectacle où elle est seule en scène tient sur cette équivoque.
Sur scène, Isabelle se déplace dans l’obscurité. La robe noire fait disparaitre son corps : ne subsistent que son visage, ses épaules et ses mains. Est-ce une apparition ? Un hologramme ? Ses yeux sont cernés de noir. La voix est troublante : elle n’est pas voilée, elle n’hésite pas, c’est exactement celle du cinéma. Autour d’elle, un échafaudage sur lequel sont disposés des projecteurs. Comme un château en construction dont elle serait la seule princesse.
Je décroche à plusieurs reprises du récit, centré autour de l’annonce de la disparition de Marilyn Monroe le 04 août 1962. Le spectacle fait plus d’une heure, sans vraiment qu’il y ait de progression dramatique. Le vertige Marilyn, c’est aussi le vertige Adjani : celui d’assister, en petit comité, au retour sur scène d’une idole. Qui n’est visiblement ici que pour son plaisir : vu sa notoriété, elle aurait pu se produire dans une salle beaucoup plus grande et vendre des billets beaucoup plus cher (25 euros pour une place assise non numérotée).
A la fin du spectacle, elle vient saluer. Ne dépasse jamais le périmètre de sécurité de l’échafaudage, comme si elle était à une fenêtre. Au troisième rappel, elle lâche le plus beau des sourires. Et se volatilise.

