L'appel du 93
Mais Le Septième Sceau, tu ne l'avais pas déjà en DVD ?
Ça commence par une petite ligne au bas de la dernière newsletter de Flop : Je vous informe également que je tiendrai un stand au Bric-à-Brac Culturel de Montreuil dimanche prochain. J’en informe Christophe, qui en informe Olivier. Le rendez-vous est fixé à 11 heures. Mais l’appel de la chine est irrépressible. A 8h15, mes yeux sont déjà grand ouverts et je pense plus qu’à une seule chose : chevaucher mon Rockrider 300 en direction du 93.
Pourquoi n’y a t-il jamais de vide-greniers l’hiver ? A Montreuil, on s’affranchit des usages et on annexe le TMB Jean Guerrin pour l’occasion. Dès que je pénètre dans la salle, mes yeux sont irrésistiblement attirés par un panier d'où je vois dépasser des VHS. Porcherie, Les Carabiniers, Le Septième Sceau. Combien les VHS ? Le vendeur manque de faire une attaque cardiaque : il ne pensait pas que quelqu’un lui poserait la question. Quelles chances en effet qu’entre 10h et 10h15 du matin, un 29 janvier à Montreuil, un excité venu du XIè sur un VTT se porte acquéreur d’un vieux Pasolini en VHS ?
Le stand est couvert d’articles liés au cinéma. Des vieilles revues en bichromie avec Pierre Fresnay ou Gaby Morlay en couverture. Une collection de La Cinématographie Française millésimée 1964. Des vieux numéros des Cahiers et de Positif. Et d'où ça sort tout ça ? Le vendeur me vend la mèche : l’oncle de sa femme était le meilleur ami d’Henri Langlois. Je manque de me faire pipi dessus.
L’homme n’est pas là pour spéculer. Il faut que ça parte. A partir de ce moment, je prends tout ce qu’il me tend. Les documents interdits de Jean-Teddy Filippe édités en VHS par La Sept Vidéo ? Je prends. Le portrait d’Alexandre par Chris Marker ? Je prends. La collec de La Cinématographie Française ? Je prends. Et le pile des Cahiers, là, vous la faites à combien ? Les coutures de mon tote-bag craquent.
Quelques stands plus loin, Les Idoles de Marc’O en DVD. Neuf, en plusieurs exemplaires. Et pour cause : c’est l’éditeur qui liquide son stock. Et qu’est-ce qu’il a d’autre ? La Sourde Oreille de Michel Polac. Avec Charles Denner et Jean-Luc Bideau. Avec un bonus “Charles Denner, le chercheur inquiet”, documentaire après lequel je cours depuis des années. Et quoi d’autre ? L’intégrale des films d’Alexander Kluge. Qui m’est vanté comme “le Godard allemand”. Comment ça je ne connais pas Alexander Kluge ? Conseillez m’en un. Allez, prenez In Gefahr und größter Not bringt der Mittelweg den Tod1. Et moi j’achète, les yeux fermés. Je suis obligé de raquetter Christophe parce que je n’ai pas retiré assez d’argent.
Au sommaire de La Cinématographie française du 21 mars 1964 : “Christian Marquand a fait faire des essais à sa jeune femme Tina (17 ans), fille de Jean-Pierre Aumont et de Maria Montez”, “Michel Legrand, encouragé par le succès des Parapluies de Cherbourg, va tourner un court-métrage intitulé Musique et peinture”. “Jeanne Moreau, qui avait accepté d’enregistrer en français des confidences faites par Marilyn Monroe, est en pourparlers pour être, au théâtre, l’interprète de Après la chute, le pièce inspirée à Arthur Miller par Marilyn Monroe”. Parmi les têtes de liste à Paris, Mélodie en sous-sol (629.949 entrées), La Grande Evasion (462.905), Les Tontons Flingueurs (453.509), Lawrence d’Arabie (399.369) et Les 55 jours de Pékin (384.128).
Et sinon toi, t’as fait quoi dimanche ?
“Dans le danger et la plus grande détresse, le juste milieu apporte la mort”.

