Le grand pardon
Où il est question d'un Bavarois qui cocotte et d'une playmate assassinée.
Capture d’écran : Jésus revient dans “Johnny Got His Gun”.
J’ai l’esprit d’escalier. Parce que j’ai découvert Timothy Bottoms dans “La dernière séance”, j’ai envie de le voir dans “Johnny Got His Gun”. Parce que j’ai adoré “La dernière séance” et “La Barbe à papa”, j’ai envie de voir “On s’fait la valise, doc” de Peter Bogdanovich.
“Johnny Got His Gun” a été distribué à grande échelle dans la collection cinéma du quotidien Le Monde - on trouve souvent cette édition sur les vide-greniers, et l’absence de boitier fait que les films sont rarement proposés à plus d’un euro. Au moment où je glisse le disque dans le lecteur, je ne sais absolument pas que “Johnny Got His Gun” décrit le quotidien d’un blessé de guerre qui, laissé à l’état végétatif par la médecine, essaie désespérément de communiquer avec le monde extérieur. Je ne sais absolument pas que, dans une scène onirique, Jésus Christ apparait sous la forme de Donald Sutherland. Et je ne sais absolument pas qu’il va être question d’une canne à pêche perdue au fond d’un lac et d’un cadavre suspendu aux barbelés qui indispose les soldats réfugiés dans une tranchée (“Un Bavarois, ça cocotte toujours plus.. “). Bien qu’il ne comporte aucune vision d’horreur, c’est un film difficile à regarder : le réalisateur a compris que l’imagination a beaucoup plus de pouvoir que l’image. Mais “Johnny Got His Gun” comporte aussi une des plus belles scènes de pardon que j’ai eu l’occasion de voir au cinéma.
Dans le bonus qui accompagne le film (même les éditions économiques proposent des bonus), le cinéphile Pierre Rissient rappelle que Dalton Trumbo faisait partie de “la liste noire” : soupçonné de sympathies avec le parti communiste, le futur réalisateur de “Johnny Got His Gun” était banni d’Hollywood et devait travailler dans l’ombre, son nom ne devant figurer sur aucun générique (Otto Preminger fut parmi ceux qui obtinrent l’abolition de cette liste en 1960). Ecarté d’office de la sélection de Cannes en 1971, “Johnny Got His Gun” dut son salut au soutien inconditionnel de Jean Renoir et Luis Buñuel : pas étonnant que l’antimilitariste et le surréaliste aient été émus par ce brûlot.
Filmo propose “On s’fait la valise, doc”, mais uniquement en téléchargement. 7,99 euros pour une version non restaurée ? Je passe mon tour. Surtout que Filmo propose en parallèle, compris dans l’abonnement, “One Day Since Yesterday”, le doc sur le drame qui a bouleversé la carrière de Peter Bogdanovich : alors qu’il est était en train de monter le film qu’il avait réalisé avec sa fiancée Dorothy Stratten, la playmate était assassinée par son ex-mari jaloux. Ironie du sort : le film s’appelait “They All Laughed”. Après une sortie en salle catastrophique, Bogdanovich s’endette pour racheter les droits du long-métrage et le diffuser lui-même. Aussi bien Quentin Tarantino que Wes Anderson l’affirment : “They All Laughed” est un des derniers grands films des années 70. Malheureusement, les généreux extraits de ce film maudit diffusés dans le documentaire sont loin d’être concluants : cette histoire d’amour lors de laquelle Audrey Hepburn débarque d’un hélicoptère n’a pas l’air de voler bien haut1.
Je l’avais totalement oublié, mais Bogdanovich doit son salut dans les années 80 à un mélo avec Cher : “Mask”. L’histoire d’un adolescent souffrant d’une malformation faciale. Pensait-il tenir son “Johnny Got His Gun” ? Les extraits dispensés sont encore une fois édifiants. Et cette fois-ci, ni Quentin Tarantino ni Wes Anderson ne se sont portés volontaires pour prendre sa défense.


Un excellent biopic à voir : "Dalton Trumbo" avec Bryan Cranston dans le rôle titre.
"Johnny got his gun" est en couleur? J'étais persuadé que c'était en noir et blanc...