Les pendules à l'heure
Autour de Bertrand.
C’est Marianne qui lance l’alerte il y a 10 dix jours : rencontre avec Thierry Frémaux au Louxor mercredi 09/11 à l’occasion de la parution de Si nous avions su que nous l’aimions tant, nous l’aurions aimé davantage et de la version restaurée de L’Horloger de Saint-Paul.
J’étais catastrophé quand, adolescent, j’ai entendu Philippe Noiret apostropher en direct à la télévision française Patrick Hernandez1 et lui demander, devant un Michel Denisot écarlate : “Mais alors Madonna, vous l’avez baisée ?”. J’ai immédiatement pris le personnage en grippe. Mais l’acteur me bouleverse régulièrement. Il y a sa prestation dans Le Vieux Fusil, évidemment. La scène où il demande Romy Schneider en mariage. Celle où il découvre les horreurs perpétrées et où il mord son index. Il y a L’Ami de Vincent de Granier-Deferre, où il ravitaille Jean Rochefort à domicile après que ce dernier ait été victime d’une tentative d’assassinat. Et puis la première rencontre Noiret / Rochefort, dix ans avant, devant la caméra de Bertrand Tavernier : L’Horloger de Saint-Paul.
Emmanuel Papillon, directeur du Louxor, évoque la mémoire du cinéaste au travers de deux anecdotes. La première, à la sortie de Capitaine Conan (1996) : Tavernier était venu à Tremblay, dans la salle dont Emmanuel était à l’époque le directeur. Apprenant que cette dernière allait fermer pendant un an, et que les habitants de Tremblay allaient être privés de cinéma, Tavernier avait fait un scandale devant les élus locaux : le lendemain, une solution avait été trouvée pour que le cinéma soit relogé à une enseigne provisoire. La seconde, le 25 mars 2021 : Emmanuel sort d’une projection et découvre, en rallumant son portable, la disparition du cinéaste. Autour de lui, c’est la stupéfaction. Sur le trottoir, les regards se croisent, les langues se délient et bientôt souvenirs fusent.
Thierry Frémaux évoque Tavernier. Le mauvais assistant-réalisateur qu’il avait commencé par être. L’attaché de presse qu’il était devenu, et dont il avait conservé les reflexes. Le réalisateur qui a fini par éclore, avec l’appui de Jean-Pierre Melville et Claude Sautet, qui ont dû rassurer ses parents. L’homme qui ne disait jamais bonjour mais démarrait derechef sur le film découvert la veille. L’infatigable exégète, avec de plus de 200 bonus de DVD au compteur (dont énormément de westerns). Le fan de Victor Hugo, qu’il citait à tort et à travers - et dont il inventait parfois des aphorismes. L’humaniste à la tête à l’Institut Lumière à Lyon - il avait spécifié que personne ne serait jamais licencié de l’établissement.
Je n’ai jamais vu L’Horloger de Saint-Paul en salle. Je connais pas Lyon. Pour le coup, le superposeur se retrouve au chômage technique. Je me souvenais très bien de la présence de l’immense Jacques Denis - acteur fétiche de la nouvelle vague suisse (La Salamandre, Les Arpenteurs, Jonas qui aura 25 ans en l'an 2000…). Avant le début de projection, Thierry Frémaux rappelait que Laurent Heynemann lui avait offert le rôle principal de son film La Question, aux côtés de Nicole Garcia. Je pense que chaque spectateur s’est souvenu comme moi de l’inoubliable expérience de la “soumission à l’autorité” dans I comme comme Icare de Verneuil, où Jacques Denis est effrayant. J’avais par contre oublié l’apparition de la délicieuse Christine Pascal, un avant La meilleure façon de marcher - elle tournera par la suite dans cinq films de Bertrand Tavernier.
Après la projection, je me glisse dans la file d’attente pour me faire dédicacer un exemplaire de Si nous avions su que nous l’aimions tant, nous l’aurions aimé davantage. J’ai une question pour Thierry Frémaux. Et la boutique de l’horloger, qu’est-elle devenue ? Le directeur de l'Institut Lumière de Lyon me répond : elle se situe 4 rue de la Loge. Un horloger ayant décidé de rendre hommage au film s’y est installé. J’ai tapé l’adresse sur Google Map. Il semblerait que le commerçant ait mis la clé sous la porte. Mais on aperçoit toujours l’affiche du film dans le devanture.
Not to be confused with Gérard Hernandez, s’il vous plaît.

