L'inconnue du forum
Si certains films se méritent, j'ai eu le sentiment d'avoir malgré moi particulièrement mérité celui-là.
Capture d’écran : Honor Swinton-Byrne dans The Souvenir - Part 1.
La semaine dernière, je reçois une invitation de la part du Forum des Images pour l’avant-première du nouveau film de Joanna Hogg, The Souvenir - Part 1. Je n’ai pas la moindre idée de qui est Joanna Hogg mais son portrait est en couverture du dernier numéro de Trois Couleurs que j’ai à peine feuilleté depuis que je l’ai rangé aux toilettes. Je clique sur le lien pour réserver deux places, mais il semble y avoir un problème avec le numéro de ma carte d’adhérent. Motivé par cette énigmatique avant-première, je fais le trajet à pied jusqu’au Forum des Halles pour retirer les invitations : mais je n’ai pas regardé les horaires d’ouverture de la billetterie et je me fais éconduire par le service de sécurité. Je suis obligé de repasser le lendemain dans l’après-midi pour me voir enfin remettre les deux précieux sésames- j’aurai rarement autant bataillé pour un film qui m’est absolument inconnu.
Quand j’étais adolescent, je lisais tous les mois L’Ecran Fantastique et Starfix. Autant dire que j’étais surinformé : le premier coup de manivelle n’avait pas été donné que j’en savais déjà presque autant que les acteurs. Aujourd’hui, j’ai totalement changé de position et je me préserve le plus possible avant d’aller un film : je fais en sorte de ne rien savoir. Une bande-annonce, loin de m’inciter, coupe souvent mon élan.
Au Forum des Images, le rédacteur en chef de la revue Positif présente la séance. Et regrette que, sur l’invitation envoyée pour la projection, un résumé du film ait été proposé aux spectateurs. Sans dévoiler l’intrigue (Il utilise le verbe “divulgacher”, cher à mes oreilles), il précise que, si le film se divise en deux parties, il s’agit de deux chapitres indépendants l’un de l’autre : un cliffhanger ne viendra donc pas nous gâcher la fin de la séance.
Et The Souvenir - Part 1 est une claque. Première film de la réalisatrice anglaise distribué en France, il est porté par la grâce de Honor Swinton-Byrne. Qui est moins le sosie de sa mère (Tilda Swinton) que celui de l’américaine Molly Ringwald dans les films de John Hughes. L’évocation des années 80 est particulièrement réussie : les attentats fomentés par l’IRA, le courrier qu’on glisse sous la porte, Bronski Beat, les scénarios tapés à la machine à écrire. Mais The Souvenir - Part 1 n’est pas un film nostalgique : c’est la radiographie d’un couple lié par un secret. Pendant la première heure du film, pratiquement rien n’est montré. Jusqu’à ce qu’un invité, lors d’un diner, mette les pieds dans les plats.
The Souvenir - Part 1 sortira sur tous les écrans au mois de février. Que les années 80 vous évoquent Bauhaus comme Joe Jackson, vous vous sentirez transportés. Et vous serez ébloui par la lumière dans lequel baigne le film, celle de ce duplex situé à un étage élevé. Pour The Souvenir - Part 2, je suis déjà prêt à faire le nombre d’allers-retours à pied nécessaires.

