Marathon Man (4)
Quand le grand feu d'artifices qui devait clôturer ce festival ressemble plus à un pétard mouillé.
Capture d’écran : le commissaire Maigret dans “Hélas pour moi”
Soirée du clôture au marathon Vecchiali / Godard au 5ème étage sans ascenseur. Perrine s’est déclarée intéressée. Elle remporte une accréditation VIP, qui lui donne accès au diner de gala et à la projection. Pendant que les légumes cuisent dans le lait de coco, nous faisons un point sur nos vies. Et le cinéma dans tout ça ? Quand le projectionniste aura fini son dessert.
Un garagiste tombe amoureux d’une pharmacienne, de vingt ans son ainée. Il diversifie les tentatives d’approche, du dîner aux chandelles au squat devant l’officine. Et au moment où tout semble perdu, l’impensable a lieu : l’indifférente finit par céder. Réalisé avec le même casting que “Change pas de main” (moins les pros du boulard), “Corps à coeur” voit Vecchiali s’aventurer dans un nouveau registre : le mélo. Malheureusement, il est aussi peu convainquant que dans ceux qu’il a déjà couvert. A quel moment confier le rôle principal à un pale sosie de Gérard Blain a t-il semblé une bonne idée ?
Dans le livret qui accompagne le coffret des 4 films, Axelle Ropert écrit : “Hélène Surgère compose ici un des grands personnages féminins du cinéma français, aux côtés de la Danielle Darrieux d'Ophuls, la Micheline Presle de Grémillon, la Françoise Lebrun d'Eustache, les femmes de Marguerite Duras, la Delphine Seyrig de Chantal Akerman.” J’espère que le fantôme de Danielle Darrieux empêche Axelle Ropert de fermer l’œil, que celui de Micheline Presle fait claquer les portes dans son studio et que celui de Delphine Seyrig actionne l'eau froide quand elle est sous la douche. J’ai également eu une pensée pour le pauvre Gabriel Fauré, dont les deux plus célèbres thèmes (“Le Requiem” et “La Pavane”) sont régulièrement profanés.
Il est déjà tard quand le film se termine. Perrine repart dépitée et je reporte au lendemain la projection du second long-métrage.
Dans “Hélas pour moi”, deux monstres sacrés s’affrontent : Jean-Luc Godard d’un côté, Gérard Depardieu de l’autre. C’est un film bavard : rimes riches (“Ludovic / Qui est mort à Dubrovnik”), interrogations existentielles (“Avez-vous remarqué que dans Yougoslavie, il y a Gosse et Vie ?”), énigmes (“Tous les parfums de l’Arabie n’effaceront pas une tache qui n’existe pas”), questions de Trivial Pursuit (“Vous savez que le Manifeste du parti communiste a été publié la même année qu’Alice au Pays des Merveilles ?”)… Godard s’accorde même le privilège de s’auto-citer, puisqu’il fait rejouer par deux comédiens la scène d’”A bout de souffle” où Jean-Paul Belmondo reprend Jean Seberg au sujet l’utilisation des expressions “je me rappelle” / “je m’en souviens”.
Mais leur rencontre est loin de faire des étincelles. C’est un film aussi bref qu’austère. Les notes plaquées sur un piano à la fin de chaque chapitre sont irritantes. Le critique de cinéma Colin McCabe, qui présente tous les films contenus dans ce coffret, explique qu’il s’agit d’une variation autour du mythe d’Amphitryon. Il évoque aussi, pour avoir assisté au tournage, le peu de complicité entre le réalisateur et l’acteur - il semblerait même que ce dernier ait quitté le bateau avant le naufrage, au grand dam du capitaine.
C’est sur un grand bâillement que se clôt ce marathon Vecchiali / Godard. Merci de l’avoir suivi. Je réfléchis déjà à une nouvelle édition. Philippe Garrel / Jean-Daniel Pollet ? Alain Robbe-Grillet / Pierre Zucca ? Ne me provoquez pas, vous savez très bien que j’en suis capable.


Te souviens-tu de la promo du film à l'époque? DeparDIEU dans un GODard...