Plus lost la vie
T'as déjà pris un Lelynch ?
En rentrant de déjeuner avec Daniel, alors que je roulais sous la pluie, je n’ai pas résisté à l’envie de faire une halte au relais de la Croix Rouge située rue Albert Thomas. Et c’est là que j’ai commis l’irréparable : augmenter ma collection Lelouch de deux nouveaux titres, Viva la vie et Partir revenir. Viva la vie a toujours été entouré d’un halo de mystère : le réalisateur, à sa sortie, demandait aux spectateurs de ne rien dévoiler de l’intrigue (peut-être en hommage à Clouzot, qui adressait la même recommandation à la fin des Diaboliques).
Le matin même, Alexandra me proposait de l’accompagner à la projection de Lost Highway au Max Linder. Je n’allais donc pas regarder de Lelouch tout de suite. A moins que… A 18h, j’ai fini ma journée de travail et le soir est tombé. Brûlant d’impatience, je glisse le DVD dans le lecteur : j’ai peut-être le temps d’en regarder la moitié avant de sortir.
Viva la vie débute par une mise en abîme. Lelouch est invité sur un plateau de radio pour parler de son propre film. Au cas où le spectateur serait passé à côté du battage promotionnel, il rappelle la consigne : ne pas vendre la mèche en sortant1. A ses côtés, le compositeur auquel il a confié le soin de réaliser la bande originale. Parce qu’il avait envie d’une musique futuriste, Claude Lelouch a congédié Francis Lai, son fidèle acolyte. Et il lui a préféré… Didier Barbelivien2.
La première heure est assez nébuleuse : elle vient titiller les fans de La Quatrième dimension. Trintignant, en professeur de théâtre, est génial. A 19h, je mets le DVD sur pause : c’est l’heure de remonter le boulevard Poissonnière en direction du Max Linder. Je n’ai jamais revu Lost Highway depuis sa sortie, je n’ai même jamais acheté le DVD. Pacôme Thiellement, qui présente la projection, rappelle que la bande originale du film (Smashing Pumpkins, Nine Inch Nails, Rammstein…) l’ancre définitivement dans son époque : le mitan des années 90.
En revoyant Lost Highway, je ne peux m’empêcher de trouver des coïncidences avec Viva la vie : notamment dans le fait que les deux films oscillent en permanence entre le cauchemar et la réalité. Mais le rapprochement s’arrête là : là où l’un a choisi Trent Reznor, l’autre a opté pour le compositeur de “San Ku Kai”
Après avoir raccompagné Alexandra au métro, je n’ai qu’une seule envie : finir Viva la vie. J’appuie sur la télécommande. Geste que je regrette instantanément : car le nœud de l’intrigue est une vaste blague. Le premier film d’anticipation de Lelouch - qui surfe maladroitement sur le succès de Rencontres du troisième type - est un immense ratage. Claude n’est pas le Steven Spielberg français et Michel Piccoli ne sera pas son François Truffaut. Viva la vie comporte même certaines des scènes les plus ridicules de l’histoire du cinéma : notamment celle du concerto où Evelyne Bouix chante l’alphabet devant un public médusé.
Ce soir, j’ai dégusté une tranche de Lynch entre deux morceaux de Lelouch. Mais j’ai l’impression que ce Lelynch va me rester sur l’estomac.
La consigne est caduque puisque le film est résumé en deux lignes au dos du DVD.
Fais-moi penser à te raconter un jour comment je me suis retrouvé dans un ascenseur avec Didier Barbelivien.

