Running Up That Disle
Ca t'en Bush un coin.
A la fin d’un manuscrit dévoré en 2022 (dont l’auteur se reconnaitra), ma curiosité est piquée : “J’aimerais citer les livres qui m’ont permis de trouver le ton du mien, des récits à la première personne portés sur la nostalgie (sans guimauve) avec une pointe d’analyse et un soupçon d’humour : J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan de mon ami Olivier Disle...” Je trouve l’ouvrage en question sur Priceminister. Quelques jours plus tard, il m’attend dans un point Relais.
L’auteur, aussi bien que la maison d’édition (Cent Mille Milliards), me sont totalement inconnus. Mais dès le premier chapitre, c’est une voix familière qui me parle. Puisque l’auteur confesse une de ses grandes folies : enregistrer les films sur cassette audio. Les écouter jusqu’à les connaître par cœur. A bout de souffle, Le Père Noël est une ordure, puis les films du Splendid, les Dabadie, les Bertrand Blier. Tout de suite, j’ai pensé à la collection de films enregistrés sur mini-discs de Charles Berberian dans le séminal Playlist1. Notamment celui où, en quelques traits, il campe Patrick Dewaere dans F… comme Fairbanks.
Dans le deuxième chapitre de J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan, l’auteur raconte un aller en voiture à Bruxelles lors duquel il propose à sa partenaire un jeu : associer un chiffre à un film. Le chiffre trois ? Louis de Funès dans La Zizanie : “Mon projet tient en trois points. Le premier, le plein emploi. Le second, le plein emploi. Le troisième, le plein emploi”. Le chiffre quatorze ? Belmondo dans Le Guignolo : “Le 14, tu te feras passer pour mon oncle. Et tu te trouveras à 15 heures, salon des Gondoliers, hôtel Danieli, Venise.” Je divulgache la fin : ils sont allés jusqu’à dix-neuf.
Les vint-cinq chapitres ne traitent pas que du cinéma, puisqu’il est aussi question de Michel Delpech, Patrick Modiano, de la mission Appolo XV comme du Marché au livre ancien et d’occasion de la rue Brançion. Mais le cinéma sert en permanence de référence : Patrice Leconte (“Ma grand-mère maternelle faisait des très bonnes tartes aux pommes avec de la compote et des croisillons de pate dessus. Des Apfelstrudel comme dirait Michel Blanc dans Ma femme s’appelle reviens”), Henri Guybet (“Aujourd’hui c’est très relax comme disait Henri Guybet dans Pas de problème”), Gérard Depardieu (“Je décidé d’aller acheter les journaux. Comme Depardieu a cette envie soudain dans Police de Pialat”) ou Henri Verneuil (“Un déprime cosmique à attendre le bus. Dans un décor à la I comme Icare”). C’est un prisme à travers lequel la vie en sort comme magnifiée, puisqu’elle ressemble au cinéma.
Au chapitre vingt-trois, Olivier Disle se rend rue du Petit-Musc pour retrouver le lieu du tournage d’une scène de L’Apprenti salaud de Michel Deville. (Il précise : “J’ai fait des captures d’écran donc je ne risque pas de me tromper”). Je pense qu’un jour, je vais me retrouver nez à nez face à lui. On aura chacun une capture d’écran à la main, lui sur son téléphone, moi imprimée sur papier photo. Et soit on se tombera dans les bras, soit on s’enfuira en courant.
Je me dois de préciser que la page figure non pas dans Playlist mais dans Playlist Deluxe (éditions Helium).

