Situation de Chris
Un billet "d'auteur".
Tony m’envoie un message accompagné d’un lien vers le site d’Arte : “Et si tu ne l’as pas encore vu, un documentaire qui pourrait t’intéresser”. Avant Tony, aussi bien Nicolas que Philippe m’ont proposé d’assister à l’avant-première. Tous mes amis se sont donnés le mot pour me faire regarder Le cinquième plan de “La Jetée”. C’est à ça qu’on reconnait ses amis : au fait qu’ils pensent à vous.
J’ai cherché le doc sur la page cinéma d’Arte et je ne l’ai pas trouvé. Il faut le chercher parmi les documentaires. Et plus précisément : “les documentaires d’auteur”. Ca veut dire quoi, un documentaire d’auteur ? C’est un peu l’équivalent du roman graphique pour la bande dessinée ?
Un homme croit se reconnaitre sur une photo. Cette image, c’est le cinquième plan de La Jetée. L’enfant de dos, il pense que c’est lui. Sa cousine réalise des documentaires. Elle s’empare du sujet pour remonter aux sources du tournage et convoquer les derniers témoins présents.
Mais Le cinquième plan de “La Jetée” fait aussi naitre une hypothèse folle. L’acteur principal de La Jetée et la famille de l’homme-qui-se-reconnait-de-dos sont originaires du même village en Algérie. Et s’ils s’étaient connus ? Le documentaire s’égare un long moment sur cette piste qui - en dehors des protagonistes - ne passionne pas grand monde.
A vouloir s’affranchir des frontières du genre, Le cinquième plan de “La Jetée” en oublie les bases. Aucune présentation des témoins à l’écran. Il faut deviner. Si on n’a pas Le petit Marker illustré dans sa bibliothèque, c’est souvent compliqué.
Le lendemain, j’inscris deux Marker au programme : Les Statues meurent aussi (1953) et Le Joli mai (1962).
Les DVD disparaitront un jour eux aussi et on oubliera le nom des éditeurs qui ne faisaient pas bien leur travail. Celui des Statues meurent aussi, sans doute animé du désir de propager ce brulot anticolonialiste censuré, n’a pas été très regardant sur la qualité du master. Ca n’affaiblit pas le discours, mais par contre, pour le confort, on repassera.
Le comédien Jean Negroni joue le rôle du récitant. On reconnait immédiatement son timbre solennel : neuf ans plus tard, Marker le rappellera pour La Jetée.
Le Joli mai est un micro-trottoir décliné sur plus de deux heures. Toute la hauteur de l’échelle sociale y passe. Il y a le vendeur de costumes, l’employé à la Bourse de Paris, le poète des rues et le commis. Leur spontanéité face à la caméra est un continent disparu.
Quelques mois avant le tournage du Joli mai, Paris a été endeuillé par une tragédie : le massacre de Charonne. Chris Marker et Pierre Lhomme cherchent à mesurer la cicatrice dans la mémoire collective. Mais que reste t-il au mois de mai d’un évènement survenu en février ?
Samedi matin, au réveil, je suis pris d’une envie irrépressible d’aller visiter l’exposition Apocalypse, hier et demain à la BNF. Qui s’ouvre sur un extrait de Melancholia. Et se clôt par une projection en boucle de La Jetée.
La qualité du DVD projeté est à peine meilleure que celle des Statues meurent aussi. Le son n’est pas assez fort : il est de plus parasité par celui d’une autre projection, qui a lieu à quelques mètres. Mais ce n’est pas assez pour gâcher le plaisir de repartir à nouveau dans le temps.
Le soir, j’assiste à la veillée Twin Peaks au Max Linder. Notamment pour revoir l’épisode 8 de la saison 3 dans des conditions exceptionnelles. Juste avant le début de la projection, une place se libère au premier rang du balcon. Il n’y a aucun spectateur entre l’écran et moi.
Et au milieu de l’épisode 8, une apocalypse.
Allô, la BNF ? J’ai une idée pour remplacer Melancholia.


