Sous le Guy
Si tu n'as jamais vu Annie Girardot aussi belle que dans "Un homme qui me plaît", c'est que tu n'as jamais vu "Le Clair de terre".
Capture d’écran : Annie Girardot dans “Le Clair de terre” de Guy Gilles
S’il est possible pour toi de consacrer une heure trente à regarder un film d’ici jeudi 17h, j’aimerais que tu cliques sur ce lien et que tu regardes “Le Clair de terre” de Guy Gilles.
“Le Clair de terre” est la troisième film de Guy Gilles que j’ai eu l’occasion de voir en un an. C’est un cinéaste oublié que MK2 Curiosity s’emploie à faire redécouvrir. Quand j’ai découvert Guy Gilles, j’ai été frappé par la modernité de ce contemporain de Godard et Truffaut. Ses films sont majoritairement constitués de plans très courts, presque des instantanés, montés de manière très saccadée. C’est le cinéaste du détail : il filme aussi bien des poignées de portes, des chignons ou des lustres. Son sens de la composition est sidérant : j’ai souvent eu l’impression que ses films étaient composées de photographies enchainées - et sa maitrise couvre aussi bien le noir et blanc que la couleur. C’est enfin un cinéaste qui possède un sens inouï du montage : la musique ne sert jamais d’accompagnement, elle dirige au contraire du film.
Paradoxalement, le principal sujet des films de Guy Gilles est l’ennui. Dans “L’amour à la mer” (1964), deux amoureux séparés par l’Armée se languissent l’un de l’autre. Dans “Le Pan coupé” (1968), Macha Méril (qui est aussi belle que dans “Une femme mariée” de Godard, actuellement sur Arte) se souvient d’une grande histoire d’amour interrompue. Dans “Le Clair de terre", Pierre annonce qu’il quitte Paris. Il part taper de l’argent à Jacques François, embrasse Annie Girardot sur la bouche et traverse la Méditerranée pour écouter Edwige Feuillère lui raconter des histoires et Marthe Villalonga lui chanter une chanson. Pierre, avec sa silhouette de minet du drugstore, trimballe son spleen comme seul bagage. Pierre est incarné par Patrick Jouané, l’acteur fétiche de Guy Gilles : impossible d’oublier la petite cicatrice qui coupe l’arête de son nez.
Les films de Guy Gilles n’ont jamais rencontré de succès. Trop mélancoliques pour faire partie de la Nouvelle Vague ? Restaurés, ils ont été remis en circulation il y a deux ans par Lobster Films. Le réalisateur n’aura pas eu la chance d’apprécier le travail de restauration effectué : il est décédé depuis 1996. Sur Youtube, on peut voir un portrait qu’il a réalisé en 1970 de l’actrice Jeanne Moreau. Elle fume une clope tout en rechantant par-dessus un de ses disques. Il tombera amoureux d’elle, ils feront plusieurs films ensemble.
Si tu n’as pas le temps d’ici jeudi, Mubi propose “L’amour à la mer”, “Le Pan coupé” et “Le Clair de terre”. Si tu n’es pas abonné à Mubi, envoie-moi un message et je t’offre un mois gratuit.

