Sur le pont Donnadieu
Ca te tente une petite soirée VHS à la maison ?
Je sais, je sais.
J’envoie des newsletters au sujet de Jean-Luc Godard, Paul Vecchiali ou Alain Tanner. Je cherche à donner l’image d’un cinéphile exigeant et insatiable. Mais la vérité est ailleurs. Si seulement vous saviez…
Il y a un mois, à la brocante Carlotta, un carton de VHS posé à même le sol. D’où dépasse L’Indic de Serge Leroy. Daniel Auteuil / Thierry Lhermitte /Pascale Rocard / Bernard-Pierre Donnadieu. Je m’en saisis et je la tiens contre moi. Jamais réédité en DVD. Indisponible en streaming. Au moment de passer à la caisse, je vois le taulier hausser les épaules : “Celle-là, je ne pensais pas qu’elle partirait”.
Aussitôt j’envoie un message à Damien pour lui proposer une projection privée. Damien avec lequel j’ai revu Rue barbare il y a quelques années. Damien qui m’envoie des extraits de Canicule de Boisset dans la nuit. Damien qui, il y a deux ans, m’a extirpé les mémoires de Jean-Louis Trintignant d’une boîte à livres.
Hier soir, j’avais prévu d’aller au cocktail de rentrée des Inrockuptibles pour faucher le numéro spécial Godard. Mais Damien m’envoie un message dans la matinée : tu me retrouves à l’expo Grégory Mardon et on se mate L’Indic dans la foulée ? Je change mes plans et remonte le magnétoscope de la cave pour un ultime essai technique.
C’est la VHS d’origine1. Avec, en avant-programme, la bande annonce de L’étrangleur de New-York de Lucio Fulci. Pour Thierry Lhermitte, L’Indic est une deuxième tentative, après Légitime Violence, de s’affranchir des rôles qui ont fait son succès : autant dire qu’on est malheureusement très loin du compte. Daniel Auteuil, lui aussi venu de la comédie, s’en tire à peine mieux, ce qui ne l’empêchera pas de réitérer l’année suivante dans L’Arbalète de Sergio Gobbi. Il lui faudra attendre Les Voleurs de Téchiné pour donner la plénitude de son talent dans la peau d’un flic.
Le seul à tirer son épingle du jeu, c’est l’immense Bernard-Pierre Donnadieu qui, dans le registre patibulaire, possédait déjà un C.V. éloquent (Le Locataire, Monsieur Klein, Le Corps de mon ennemi, Coup de tête…). Les producteurs n’ont cependant pas jugé indispensable de faire figurer son nom sur l’affiche de L’Indic : l’année suivante, il partagera celle de Rue barbare avec Bernard Giraudeau.
Il y a toujours un intérêt à voir un film, même mauvais. Damien se souvenait que la scène finale de L’Indic était tournée gare de l’Est. Mais j’étais loin de me douter que la poursuite s’achevait sur le pont qui enjambe la voie ferrée pour donner dans la rue Stephenson. Le même pont que Sami Frey emprunte pour se rendre chez Marie-Josée Nat dans La Vérité de Clouzot. Le même pont que j’emprunte à vélo deux fois par jour quand je vais travailler, immédiatement rebaptisé pont Donnadieu dans mon Paris mental et obsessionnel.
En raccompagnant Damien au métro, il fait mention d’un autre polar d’Auteuil qui m’est inconnu : Les fauves. Avec Philippe Léotard et Gabrielle Lazure. 2,99 euros sur Priceminister en VHS. C’est tentant.
Cotée 30 euros sur Priceminister.

