Trois fois Nadine Ballot
Sur l'air de "Toujours un coin qui me rappelle".
J'effectue, plusieurs fois par semaine, un parcours à vélo qui me fait traverser la rue La Fayette au niveau de la rue du Chateau-Landon. Et chaque fois que j’aperçois le pont qui enjambe les lignes partant de la gare du Nord, je pense à Nadine Ballot.
Nadine Ballot est l’héroïne d’un court-métrage de Jean Rouch, Gare du Nord. Ce court-métrage fait partie d’un film à sketches, Paris vu par…, sorti en 1965. Sur la jaquette du DVD édité par les éditions du Montparnasse, on peut lire : “L’une des plus grandes réussites de la Nouvelle Vague.” C’est bien essayé, mais malheureusement non. Aussi bien Jean-Luc Godard, Eric Rohmer que Claude Chabrol déçoivent. Les deux seuls à tirer leur épingle du jeu sont Jean-Daniel Pollet (Un incroyable face à face entre Gilbert Melki et Micheline Dax) et Jean Rouch.
En 1964, Barbet Schroeder, alors jeune producteur, confie une caméra 16mm et des films couleurs à des jeunes réalisateurs. Chacun choisit un quartier de la capitale. Le regard de Jean Rouch, tout le long de Gare du Nord, ne quitte pas Nadine Ballot. Il l’a déjà fait jouer dans La Pyramide humaine (1959) et La Punition (1960). Dans Gare du Nord, c’est la première fois qu’elle apparait en couleurs. On découvre qu’elle est rousse. Elle se prend la tête avec son mari, descend dans la rue et rencontre un inconnu qui lui propose, à brûle pourpoint, de tout quitter pour s’enfuir avec lui.
On le comprend. Nadine Ballot tranche par rapport aux héroïnes de la Nouvelle Vague. Elle n’a ni l’innocence d’Anna Karina, ni la légèreté de Françoise Dorléac. Son visage est fermé. Ses partenaires doivent lui arracher un sourire. Son coté sauvage rappelle Anne Wiazemsky. Godard l’auditionne quand il commence le casting d’A bout de souffle. Truffaut lui propose un petit rôle dans Tirez sur le pianiste.
Quatre ans avant Gare du Nord, Nadine Ballot a déjà tourné avec Jean Rouch. Dans La Punition, elle joue le rôle d’une lycéenne mise à la porte à cause de son insolence. Autour du bassin du jardin du Luxembourg, elle est abordée par un homme. C’est la première d’une série de rencontres qui auront toutes lieu ce jour-là : dans son rapport au temps, La Punition ressemble à Cléo de 5 à 7.
Elle met au défi l’homme rencontré au Luxembourg de l’emmener loin de Paris. La Punition est le miroir inversé de Gare du Nord.
Jean Rouch est un adepte du cinéma vérité. Les situations sont écrites à l’avance mais les dialogues sont improvisés. Le son est pris en direct. On devine qu’il n’y a qu’une seule prise. Dans la scène finale de Gare du Nord, au moment fatidique, l’acteur savonne sur un dialogue. On la refait ? Non, on la garde.
L’année après Gare du Nord, Nadine Ballot retrouve Jean Rouch dans Les Veuves de 15 ans. Un court-métrage qui fait aussi partie d’un film à sketches, La Fleur de l’âge (ou les Adolescentes). La comédienne va mettre à l’épreuve l’amitié entre deux jeunes filles des beaux quartiers. : “Tu comprends les études, c’est bien joli mais il n’y a pas que ça. Ca fait six mois que je sors avec des garçons, maintenant je ne pourrais plus m’en passer”.
En 1965, Nadine Ballot épouse Étienne Becker, directeur de la photographie présent sur le tournage de Gare du Nord. Et met fin à sa prometteuse carrière.
Dans une interview publiée il y a 12 ans sur Youtube, elle confie au journaliste qui l’interviewe : “Je n’étais pas comédienne pour un rond. Quand il s’agissait d’improviser devant la caméra, ça ne m’amusait pas du tout. J’avais horreur de ça. Je voulais pas être actrice. Il fallait que je termine mes études, que je passe mon bac et que je fasse un peu d’études secondaires.”

