Cinq sur mars
Mais qui va s'enfermer au cinéma un 13 août ? Moi.
Ma curiosité pour le cinéma québécois a été piquée par deux précepteurs. Mubi m’a fait découvrir le cinéma de Denis Côté, aussi génial dans le registre du quotidien (Curling, la vie d’un employé de bowling qui élève seul sa fille, Julyvonne) que dans le fantastique (Répertoire des villes disparues, dont je ne me suis toujours pas remis). Julien m’a mis entre les mains Tu Dors, Nicole, de Stéphane Lafleur, le Frances Ha québecois (mais dix fois supérieur à Frances Ha). J’ai prêté le DVD à Céline qui ne me l’a jamais rendu. Je l’ai racheté pour la peine. Julien était bien content : il en est l’éditeur.
Comme tous les amoureux, je suis parfois étourdi. Je lis trop rapidement le programme de la 51ème édition du Fema et je rate l’avant-première de On dirait la planète Mars, le nouveau Stéphane Lafleur. Son premier depuis Tu Dors, Nicole. Mais qu’est-ce que j’avais donc de mieux à faire samedi 1er juillet à 17h ? J’ai bien peur que je m’époumonais au karaoké sur trois titres de Jeanne et le garçon formidable. Le rendez-vous fort heureusement n’est reporté que de quelques semaines : On dirait la planète Mars est sorti sur tous les écrans français le 2 août.
David, la quarantaine, professeur de gymnastique, annonce à ses amis qu’il part pour une mission d’au moins deux ans. Où va t-il ? Que va t-il faire ? Le contrat qu’il a signé stipule que tout doit rester confidentiel. Il ne peut même pas révéler qu’il va changer d’identité et devenir John. A t-il seulement hésité ? Pas une seconde : il est prêt à tout pour aller au bout de son rêve. Lors de la scène d’ouverture du film, il est bombardé de questions, certaines très intimes, d’autres complètement absurdes. Le ton du film est donné : seront passés en revue aussi bien la quantité de sucre dans le café le matin comme le nombre de masturbations sur une durée d’une semaine.
On dirait la planète Mars est un film dont l’ambition est sans commune mesure avec les moyens. Car Stéphane Lafleur marche sur les pas de L’Etoffe des héros et de Seul sur Mars. Mais il avance en faisant des pas de coté, entre l’hommage et la parodie. Et dépasse à chaque fois le cadre étroit de l’exercice de style, tant le film déborde de trouvailles, aussi bien visuellement que scénaristiquement. Tu Dors, Nicole avait révélé Julianne Coté. On dirait la planète Mars nous familiarise un anti-héros sans pareil en la personne de Steve Laplante, le Rufus québecois. Car oui, quand on s’appelle Stéphane Lafleur, on n’a aucun scrupule à faire tourner Steve Laplante.
Nous étions cinq à la séance de 21h45 hier soir. On dirait la planète Mars risque de disparaitre rapidement des écrans français. Chasseurs d’étoiles du cinéma québécois, dépêchez-vous.

