Everybody was kung-fu fighting
On joue dans un chambara / La fierté, la loi / Tuent comme un bon vieux Kurosawa.
(Capture tirée de Augustin, roi du kung-fu d’Anne Fontaine : oui, il s’agit bien du Trianon, boulevard Rochechouart, avant qu’il ne redevienne une salle de concert).
J’ai oublié d’en parler la semaine dernière.
Dans Les Fiches du cinéma 1977, les films sont répartis en 4 catégories :
- Les films faisant l’objet de notices détaillées (Une page à chaque fois).
- Les films présentés en fiches courtes (Trois films par page).
- Les films de karaté.
- Les films classés 5 (“pornographiques, sadiques, pervers, trompeurs ou dégradants”1).
Pourquoi le karaté fait-il l’objet d’une catégorie à part ? Il occupe mine de rien les pages 457 à 462. Ce qui représente pas loin de 32 long-métrages, dont la bonne moitié des titres comportent les mots-clés “Bruce Lee”, “karaté” ou “kung-fu”.
Penchons nous un peu sur les intrigues :
“Un policier met fin aux agissements d’une bande de tricheurs professionnels”,
“Un jeune champion lutte contre des gangsters et venge son frère”,
“Un jeune homme venge ses concitoyens asservis par un tyran.”
Bon, on voit le topo.
Saluons deux initiatives qui se démarquent du lot : “Un tueur professionnel décide de changer de vie” (Pas sûr que Cronenberg se soit inspiré de L’invincible kung-fu pour écrire History of violence) et “Une jeune femme démantèle un réseau de contrebandiers japonais” (L’invincible tigresse du karaté est le seul long-métrage, parmi les 32 recensés, dont le rôle principal est tenu par une femme).
Mais je vous entends vous impatienter. Vous voulez en savoir plus sur les films classés 5. J’y arrive.
D’abord, il faut souligner l’effort d’exhaustivité de l’Office Catholique du Film Français : pas moins de 168 films “scandaleux” recensés. Assorti de questions dont nous n’aurons jamais la réponse : ont-ils tous été visionnés ? Le candidat a t-il été tiré au sort ? S’est-il porté volontaire ? S’est-il confessé après chaque visionnage ? Et surtout : pourquoi, dans un ouvrage critique qui comporte un portrait d’Ingmar Bergman et de Liv Ullman sur la couverture, consacrer du temps et de la place à un type de production dont l’O.C.F.C n’entend pas faire la promotion ?
Une réserve : les films de la catégorie 5, comme ceux de la catégorie karaté, ne comportent pas d’avis critique. Il parait plus probable que leur énumération n’ait pas été suivi d’un visionnage.
Quel dommage. Personne pour nous parler des CHATOUILLEUSES VOLCANIQUES, de EXTASE SEXUELLE DE LA MACUMBA, de LAISSE-TOI FAIRE, LA NEIGE EST BONNE ni de LE GAUCHER HOMO.
Si je collectionne ces volumes des Fiches du Cinéma, je me demande si ce n’est pas pour le plaisir de parcourir ces listes de films dont le titre en lui-même me suffit.
Les réponses au quizz de la semaine dernière :
- “Dénonciation minutieuse, parfois laborieuse, de l’aliénation féminine.”
JEANNE DIELMAN, 23 QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES
- “Caricature musicale du film d’horreur dans un climat très malsain”.
THE ROCKY HORROR PICTURE SHOW
L’édition de 1962 est encore plus explicite : A REJETER, S'ABSTENIR PAR DISCIPLINE CHRETIENNE ET POUR DONNER L'EXEMPLE.
Films ne pouvant que porter préjudice à la santé spirituelle et morale des individus et de la société.
Films qui prônent ouvertement des idées mauvaises ou subversives; qui comportent un élément mauvais intolérable; qui attaquent la religion ou qui la rendent méprisable, odieuse ou ridicule; qui font complaisamment étalage de vices, de crimes ou de dérèglements, sans la compensation d'éléments bons de réelle valeur ou sans atténuation sensible de l'impression mauvaise par le ton burlesque, l'ambiance d'invraisemblance ou de caractère historique.


