La Sainte-Elise
Le 17 novembre au 14 février.
Il y a 15 jours, j’achète sur un coup de tête un lot de l’hebdomadaire La Cinematographie Française. Les deux plus belles pièces sont les premiers numéros du mensuel : couverture Marie-José Nat (décembre 1963) et couverture Jean-Paul Belmondo (février 1964). Quelques jours plus tard, j’apprends la projection au Louxor de Elise ou la vraie vie de Michel Drach, dont Marie-José Nat est l’héroïne. C’est un film que j’ai toujours été curieux de voir et sur lequel je n’ai jamais réussi à mettre la main.
Avant que la projection commence, Emmanuel Papillon, le directeur du cinéma, remercie les spectateurs qui, le soir de la Saint-Valentin, ont choisi un tête-à-tête avec Elise. Et rappelle que le film est aussi une très belle histoire d’amour entre une Française et un Algérien qui se rencontrent dans une usine automobile autour d’une chaîne de montage. Mais c’est aussi une charge d’une violence inouïe contre le racisme ordinaire dont les immigrés sont victimes dans les années 60. Mis à part Dupont Lajoie de Boisset, je n’ai pas le souvenir d’avoir vu beaucoup de films français des années 70 s’indignant de cette réalité.
Pour les cinéphiles, le générique de Elise ou la vraie vie est une source inépuisable de surprises : Claude Zidi directeur de la photo, Alain Corneau assistant monteur, Jean-Pierre Bisson à l’époque où il n’avait pas encore de cheveux gris, deux Brigades du Tigre (Pierre Maguelon et Jean-Paul Tribout), Bernadette Laffont, Jean-Pierre Darras… et même l’immense Jean-Pierre Castaldi.
En écoutant David Drach lors de la rencontre qui suit la projection, je comprends qu’il est non seulement le fils du réalisateur, mais aussi celui de Marie-José Nat (Michel Drach et elle ont eu trois enfants ensemble). Il relate les difficultés avec lesquelles le film s’est monté : notamment le désengagement du coproducteur algérien à la présence du nom de Claude Lanzmann au générique. Le couple a hypothéqué sa maison pour finir le film : il la perdra. Le fils se souvient de la modeste condition dans laquelle vivaient ses parents : notamment de la situation paradoxale de sa mère, qui se faisait prêter des robes par les plus grands couturiers pour ses apparitions publiques. En l’écoutant, je me rends compte que je ne connais pas la filmographie de Michel Drach : ni Les Violons du bal, ni Le Pull-over rouge.
Un spectateur prend la parole. C’est un habitant du XVIIIè depuis son enfance. Il se souvient que sa mère lui conseillait de ne pas traîner du côté des cafés de la Goutte d’Or pour ne pas risquer de se prendre une balle perdue. Il rappelle qu’au sous-sol du commissariat de police, on faisait boire de l’eau de javel aux hommes raflés à Barbès pour qu’ils avouent leur appartenance au Front de Libération Nationale.
Je repense à la couverture de La Cinématographie Française avec Marie-José Nat, mais ça ne colle pas. Elise ou la vraie vie est sorti en 1970 alors que la collection que j’ai acheté date des années 60. Une fois rentré, je me rends compte de ma méprise : c’est pour Françoise ou la vie conjugale d’André Cayatte que l’actrice avait été mise en couverture du mensuel. Film que je n’ai jamais eu l’occasion de visionner également. Et qui vient d’être restauré, nous a assuré son fils.

