Un K. à part
Marathon Jean-Pierre.
Je ne t’ai pas tout dit.
Dimanche après-midi, en sortant de chez mes parents, je décide d’aller faire des superpositions dans le XIIIè. Au niveau du 96 boulevard du Montparnasse, je perds le contrôle de mon Rockrider 300 et j’échoue dans les bacs de Disc’King, un des derniers soldeurs de DVD sur Paris1.
Pourtant, j’essaie d’arrêter d’acheter des DVD. J’ai été abonné à Mubi, à OCS, à Disney +, à Filmo. Comme tout père indigne, j’utilise les codes Netflix de mon fils. Je scrute toutes les semaines les nouveaux ajouts sur Arte Cinéma, MK2 Curiosity, France TV Cinema et TV5 Monde Plus. Mais trop de films sont encore totalement absents des plateformes de streaming.
J’augmente ma collection de Mocky de deux nouveaux titres. J’achète le Roy Andersson dont il est question à la page 229 des Retardataires ne sont pas admis en salle. Et, parce que c’est dimanche, je m’offre un Lelouch : Une fille et des fusils (Je te promets que c’est mon premier Lelouch depuis 3 mois). Mais je traine et je vais rater le début de la nouvelle séance des Dimanches de Charm el-Cheikh, le ciné-club de Pacôme.
Je reconnais la silhouette de Jackie Berroyer devant l’Archipel. Mais c’est un autre comédien qui me coupe la route : Jean-Pierre Kalfon. Dont j’ai acheté deux films aujourd’hui : Les Idoles et Une fille et des fusils. C’est un habitué du ciné-club : il était venu y présenter Les Oiseaux vont mourir au Pérou l’an dernier. Jean-Pierre Kalfon a aujourd’hui 84 ans. Il vient de publier un album de rock. Et va au cinéma le dimanche après-midi.
Jean-Pierre Kalfon n’a jamais trouvé un premier rôle à sa démesure. Mais je suis toujours excité à l’idée de le retrouver : en maitre-chanteur de Patrick Dewaere dans Mille Millards de dollars, en mafieux à la solde de l’occupant dans Le Bon et les méchants, en explorateur halluciné dans La Vallée, en chef du Front de Libération de la Seine-et-Oise dans Week-end… C’est vraisemblablement Pierre Granier-Deferre qui a le mieux mis en valeur son personnage ambigu : il est le bras droit de Michel Piccoli dans Une Etrange Affaire.
Inspiré par cette rencontre, je décide de m’envoyer les deux Kalfon.
Une fille et des fusils, c’est Lelouch qui aimerait bien refaire A bout de souffle cinq ans plus tard. La bonne idée, c’est qu’il n’a pas cherché à faire reposer son film sur les épaules d’un comédien, mais de quatre comédiens : Kalfon, Pierre Barouh, Amidou et Jacques Portet. Tout le début du film, tourné boulevard Poissonnière, est à perdre haleine : Lelouch parvient à retrouver la recette du cocktail polar / poilade qui avait fait le succès de Godard. Kalfon crève déjà l’écran. Mais le film ne tient pas ses promesses et se débine à mi-parcours. Contrairement à Jean Seberg, la comédienne qui donne le change aux garçons est muette : on ne l’entendra pas prononcer “C’est quoi, dégueulasse ?”
J’ai vu Les Idoles il y a longtemps. Je me souviens que je m’étais ennuyé. Je redonne sa chance au film de Marc’O. Qui, contrairement au Lelouch, n’a pas eu la chance de bénéficier d’une restauration numérique : les couleurs sont saturées, la définition de l’image est grossière. Avant d’être adapté au cinéma, Les Idoles était une pièce à scandale. Était-ce une bonne idée de confier au metteur en scène le soin de réaliser son adaptation ? Certainement non. Les comédiens crient comme s’il fallait que le spectateur tout au fond de la salle ne puisse pas s’endormir. Bulle Ogier et Pierre Clémenti sont fatigants. Kalfon, trois ans après Une fille et des fusils, incarne le rôle de Simon Le Magicien : pour l’occasion, il s’est teint les cheveux en blond. Il s’époumone dans un micro, passion qui ne l’a jamais quitté. Sur le plateau, une romance naitra avec la comédienne. Ils se retrouveront l’année suivante devant la caméra de Rivette. Le film s’appellera L’Amour fou.
Après la disparition du Movie Store de Rambuteau, qui m’avait inspiré le premier billet de cette newsletter.

