Patrick de verre
Aussi bien Renaud que Patrick Dewaere ont baptisé leur fille Lola.
Patrick Dewaere par Stéphane Manel, collection personnelle.
En juillet dernier, en organisant ma venue au festival cinéma de La Rochelle, j’ai négligé la programmation du dimanche : une journée consacrée à Patrick Dewaere, avec projection du documentaire d’Alexandre Moix Patrick Dewaere, mon héros suivie de Coup de tête présenté par Jean-Jacques Annaud.
2022, année Dewaere : né en 1947, il aurait eu 75 ans. Disparu en 1982, il y a 40 ans. Schnock a dégainé tôt en consacrant la couverture du numéro de mars dernier à l’interprète de François Perrin. J’ai eu la chance de participer à ce numéro, et je vous invite à découvrir l’intégralité de l’interview de Jeanne Goupil, sa partenaire dans Paradis pour tous.
Patrick Dewaere, mon héros est actuellement disponible en streaming sur France 5. Ce n’est pas le premier documentaire consacré à l’acteur : Marc Esposito, qui avait souvent eu l’occasion de le rencontrer pour le magazine Première, a signé en 1992 un film d’une heure vingt-cinq qui reste une référence (il est fractionné en plusieurs parties sur Dailymotion). C’est par contre le premier où une de ses filles prend la parole.
Lola Dewaere écrit une longue lettre à son père. Qu’elle n’a pour ainsi dire pas connu : née en décembre 1979, elle était âgée de deux ans et demi quand l’interprète de Franck Poupart a disparu. “Papa, ce mot je ne l’ai jamais prononcé. Pour moi, tu as toujours été Patrick Dewaere. Un étranger, un tabou. Un acteur qui s’est foutu en l’air, pas un père. Partout ou j’allais, j’avais l’impression d’être montrée du doigt parce que j’étais la fille d’un taré qui s’est suicidé.” Sa voix sert de fil rouge au documentaire, qui retrace la carrière de l’acteur de manière chronologique.
Il y a d’autres intervenants. Bertrand Blier, Brigitte Fossey. Et Francis Huster. C’est lui qu’on aperçoit aux côtés de Claude Lelouch, dans des images d’archives, devant le domicile de l’acteur le 16 juillet 1982. Je n’ai jamais eu connaissance de leur amitié. Le comédien explique que leurs blessures intimes les ont rapproché : ils ont tous les deux été victimes d’actes de pédophilie.
Le documentaire d’Alexandre Moix est moins riche en témoignages que celui de Marc Esposito : il comporte par contre un bon lot d’images inédites. Dewaere enfant donnant la réplique à Julien Guiomar. Dewaere présentant la soirée du réveillon 1967 aux côtés de Denise Fabre. Et puis il y a les bandes audio. Des interviews. Qui les a réalisées ? Dans quel contexte ? L’acteur s’y livre sans pudeur. Au sujet de sa mère, qu’il a de bonnes raisons de détester (et qui se livrera, après sa disparition, à un commerce sordide en publiant deux livres à son sujet). Au sujet de son beau-père. Et d’autres encore.
C’est un peu là où le bas blesse. A vouloir établir la vérité, le documentaire bascule dans le spectaculaire. Dewaere victime des Thénardier, Dewaere sauvé par le Café de la gare, puis Dewaere dans l’enfer de la drogue. Rien de tout cela n’est nouveau. Mais le trait est forcé, les gros plans de la visage de Lola un peu trop appuyés. On frôle parfois le ridicule, comme quand la narratrice affirme, en parlant de sa grand-mère : “ …mais à moi, elle a dit la vérité”.
La seule vérité qui existe au sujet de Patrick Dewaere, c’est Folon qui l’avait formulée dans les bonus du DVD de F… comme Fairbanks. “Patrick était une flamme. Une flamme, c’est fragile et ça peut s’éteindre au moindre courant d’air. Il y a eu un courant d'air… Et Patrick s'est éteint.”

